Le procès contre Alain Huyghes- Despointes se termine, et on en attend le verdict.
Pour notre part nous sommes curieux de connaître la sanction contre un vice-président du conseil général et du conseil régional qui, maître de sport, a enseigné pendant bien 40 ans au lycée Schœlcher ce qui ne l’a pas empêché de malmener les élèves et leurs professeurs en déclarant devant tous les médias présents, froidement, sans aucune colère, mais pour blesser, que ce qui le gênait était de voir de petits nègres conduits par des professeurs blancs mal coiffés et qui sentent [1] .
A ceux qui vilipendent Huyghes-Despointes parce qu’il est béké, nous répondront qu’on n’est pas coupable par sa couleur mais par sa conduite. A ceux qui prétendent – par une pétition indigne et mensongère – soutenir cet enseignant issu du lycée Schœlcher, qui, en pleine bataille pour la survie de ce même établissement, salit l’ensemble des professeurs et des élèves du lycée, nous rappellerons qu’il est d’autant plus coupable qu’il était professeur et qu’il savait parfaitement ce qu’il faisait [2] . Ne serait-ce que parce qu’il a eu en charge des enfants adolescents et post-adolescent, en face desquels il se doit d’être un modèle, monsieur Cayol doit être condamné. Mais il doit aussi être condamné parce qu’il a occupé des fonctions parmi les plus hautes dans les instances des collectivités que sont le Département et la Région. On n’imagine en effet pas tolérable que nos plus hautes instances véhiculent racisme et xénophobie …même s’il est plus que surprenant que certains des représentants actuels ou passés de ces instances, après avoir condamné les propos de Claude Cayol, prétendent le soutenir face à la justice.
Un professeur d’histoire d’un lycée voisin, a signé la pétition en faveur de monsieur Cayol. Chacun est libre de son opinion. Mais on ne peut condamner le béké et absoudre le nègre, sauf à considérer que la couleur est déjà source de culpabilité ou d’innocence. Autrement dit on ne peut faire du racisme à son tour, en jugeant des comportements racistes. Ces derniers se jugent d’abord par la conscience profonde de celui qui les énonce, et par les circonstances au cours desquels ces propos ont été prononcés.
Faut-il rappeler que la présence de monsieur Cayol faisait écho à l’appel de monsieur Marie-Sainte, par SMS et par internet, appelant les militants proches du MIM et des partis majoritaires élus à la région à venir défendre la région attaquée par des professeurs « letchimistes » [3] . Et il faut le rappeler et le marteler, professeur encadrant les élèves pour les protéger, il m’a fallu intervenir pour éviter que la confrontation avec les militants MIM ne tourne au pugilat avec les élèves tant les provocations de ces adultes roués en politique étaient violentes à l’égard de notre jeunesse qui ne réclamait que leur droit de conserver leur lycée menacé de disparition par le président de la Région Martinique d’alors, Alfred Marie-Jeanne, en pleine année scolaire [4]. Ce seul comportement des militants était en soi déjà honteux. Comment des hommes politiques, dans notre pays, qui se réclament notamment des luttes et des sacrifices de tant de militants de la liberté, peuvent-ils agresser la jeunesse qui manifeste à son tour ? La jeunesse le leur a bien rendu en sanctionnant le 74 et en faisant basculer le pays.
Nous qui sommes enseignants, nous qui sommes à l’écoute de la jeunesse du pays, nous pouvons dire notre fierté de voir la maîtrise avec laquelle la jeunesse scolaire du lycée Schœlcher a conduit son mouvement et ses négociations. Nous pouvons dire aussi à quel point nous sommes fiers de la réaction de tant de jeunes de toutes les communes de la Martinique, qui se sont dressés parce que les propos de Marie-Jeanne puis ceux de Claude Cayol, les touchaient au plus profond et leur révélait la réalité fasciste de certains de nos dirigeants politiques. Nous pouvons aussi être fiers de la réaction de tant de gens de bien, riches ou pauvres, intellectuels ou travailleurs manuels qui ont rejeté l’article 74, quand bien même ils étaient, pour certains, autonomistes, parce qu’ils refusaient qu’on puisse se comporter ainsi et briguer le leadership du pays pour l’engager sur la voie d’une autonomie voire de l’indépendance avec de tels hommes ! N’en déplaise aux pétitionnaires qui prétendent défendre Claude Cayol, ce dernier a déjà été jugé et condamné par la jeunesse du lycée, par la jeunesse de la Martinique, par les professeurs et par une majorité de la population. Il doit être condamné pour ses propos racistes et son incitation à la haine raciale parce que l’on ne peut être enseignant et s’absoudre de ses responsabilités.
C’est tout. Mais en même temps, ces deux procès en parallèle, celui d’Alain Huyghes Despointes, comme celui de Claude Cayol sont nécessaires, comme un rituel, pour que la page du passé se tourne et que l’on aborde enfin l’avenir. C’est d’ailleurs bien le message de notre jeunesse que nous devons enfin porter vers un avenir plus radieux et non rejeter inlassablement vers le douloureux passé de ses ancêtres. C’est en effet méconnaître notre rôle d’adultes que de vouloir tirer vers la tombe ceux dont l’instinct naturel est de vivre et de se tourner d’abord vers l’avenir qu’ils ont à construire…. comme si nous avions tellement peu confiance en eux !
Il importe à l’un de leur professeur de leur rappeler toute la confiance qu’il a en eux et toute l’admiration qu’il leur a portée tout au long de ses années d’enseignement et qu’il continue à leur vouer.
Yvon JOSEPH-HENRI Professeur de Lettres au lycée Victor Schoelcher Secrétaire départemental de la FSU Martinique Secrétaire académique adjoint du SNES Martinique


