SEISME MAJEUR EN MARTINIQUE : NE PAS FAIRE DE VAGUE ?

lundi 6 juin 2011
par  FSU Martinique
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La FSU Martinique a pris connaissance indirectement par le net puis par l’article de France Antilles du courrier qu’un collègue de Joseph Gaillard a adressé le 18 mai dernier à la Présidente du Conseil Général pour lui rappeler les obligations des autorités de tutelles en matière de précautions élémentaires pour faire face à un séisme grave : fixation des armoires aux murs et intensification des exercices d’évacuation.

Que notre collègue ait cru bon d’insister sur l’imminence d’un séisme dévastateur est du ressort de son appréciation de scientifique et l’on conviendra qu’après tout, la multiplication des séismes graves cette année scolaire a de quoi préoccuper les habitants d’une île dont on sait qu’elle subira un jour ou l’autre un séisme majeur. Que les scientifiques ne soient pas d’accord n’a non plus rien d’étonnant même si la science des séismes a considérablement progressé ces dernières décennies. Tout le monde a en mémoire les comportements d’un ancien ministre de l’Education Nationale, Claude Allègre, dont la prédiction en matière de danger imminent quant à l’explosion de la Soufrière en Guadeloupe, en 1976, avait conduit à l’évacuation de Basse-Terre contre l’avis d’un (vrai) vulcanologue, Haroun Tazieff… Et nous n’aborderons même pas l’opposition forcenée du même Allègre à la théorie d’une dégradation du climat terrestre en liaison avec les gaz à effets de serre..

A-t-on cependant parlé de « faute professionnelle » ? Et pourtant, au degré de responsabilité qui était le sien, monsieur Allègre avait lésé financièrement une bonne partie de la population de Basse Terre en faisant évacuer la ville….Aussi ne pouvons-nous accepter que monsieur le Recteur puisse même laisser entrevoir l’idée d’une faute professionnelle à l’encontre de notre collègue, s’il venait à réitérer de tels propos !

Certes, en mettant en avant son titre de professeur, il engage – qu’il ne veuille ou non – l’institution dont le recteur reste le garant de l’intégrité ainsi que de son niveau de compétence. Et de la même manière, on imagine mal un représentant de l’Etat équivalent du Préfet admettre que son administration insuffle un vent de panique. Mais si l’administration de l’Etat avait cédé à la panique, ou seulement même cherché à accepter l’idée qu’une tragédie pouvait survenir, combien d’habitants de Saint Pierre auraient été sauvés ? Il est certain que l’avenir de la Martinique aurait été différent !

En même temps, faut-il s’étonner que les propos de notre collègue déclenchent un vent de panique [1] ? Car, il faut bien le dire, nos concitoyens, même les moins instruits, mêmes les plus inconscients, savent que nous ne sommes pas prêts à subir un séisme de l’ordre de ceux du Japon, du Chili ou de Haïti. Combien de temps a-t-il fallu pour voir enfin prendre en compte les injonctions du SNES et de la FSU en matière d’exercices d’évacuation ? Combien de temps faudra-t-il pour que des stocks de vivres, de couvertures, d’eau et de médicaments de premier secours, ainsi que des tentes et des lits ou matelas d’appoints soient installés dans les établissements scolaires selon nos revendications à la suite du dernier séisme que nous avons subi en Martinique ? Quid des recommandations que nous avons faites d’identifier de manière criarde les zones de regroupement, les lieux dangereux dont il faut s’écarter – risques de chutes de pierre ou de béton -, de renouveler le matériel scolaire afin de le rendre plus conforme à la protection qu’on dit en attendre ?

Plus largement, qu’attend-on pour reconstruire les casernes de pompiers aux normes antisismiques comme d’ailleurs hors zone inondable ? Qu’attend-on pour reconstruire l’hôpital de La Meynard ou celui de Trinité durement touché par le précédent séisme ? Et que dire d’une bonne partie de notre réseau routier déjà impraticable tant il a été simplement ravaudé et rafistolé ? Faut-il continuer la litanie et se voir accuser de contribuer à la panique ? Nous savons qu’il ne faudra, dans bien des quartiers, ne pouvoir compter que sur la solidarité des voisins pendant plusieurs semaines

Parce que notre métier consiste à protéger les élèves d’abord puisque nous en sommes les garants, les personnels ensuite, parce que nous concentrons dans nos établissements les savoirs les plus pointus, nous sommes plus conscients que quiconque des risques que nous encourons en cas de séisme grave. Depuis 2003, nous rappelons que ce sont près de 80% des établissements scolaires qui s’écrouleront en cas de séisme grave, au risque, s’il y a classe, de perdre notre jeunesse. Et pourtant, il faut croire que cela n’a nullement ému les élus et les autorités de l’Etat : la situation de Joseph Pernock ne laisse pas d’inquiéter, tout comme un bâtiment encore en service de Frantz Fanon. Et que dire des collèges touchés par le dernier séisme et qui dressent leurs bâtiments condamnés au milieu de préfabriqués qui seront écrasés par leur effondrement ? Quant aux écoles, - même si certaines communes se sont empressées de réhabiliter leur parc, c’est généralement la même litanie de bâtiments clôturés, comme au François, et dont les élèves sont répartis, au petit bonheur la chance, dans les collèges de la ville.

Alors, et si en effet on parlait de faute, qui devrait aller, non en commission disciplinaire, mais à la maison d’arrêt de Ducos, pour atteinte à la sécurité des personnes ?

Yvon JOSEPH-HENRI Secrétaire Départemental de la FSU Martinique Secrétaire académique adjoint du SNES Martinique


Retrouvez le communiqué de presse en pdf.


[1] Après tout le courrier qui circule portant l’estampille du Conseil Général, l’origine de sa mise en circulation sera aisée à identifier…en innocentant en tout cas notre collègue.


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